Dyspraxie : l’écriture, le problème majeur

On pourrait dire que tout est dans le titre !
Les problèmes de graphisme, d’écriture restent le problème essentiel des enfants dyspraxiques. Un enfant dyspraxique est toujours un enfant dysgraphique.

Un bilan en ergothérapie met rapidement en évidence le retard graphique.

L’écriture manuelle peut s’évaluer suivant 4 critères :
–         la vitesse d’écriture
–         la lisibilité
–         les performances orthographiques
–         le coût cognitif.

Le coût cognitif est le critère le plus difficile à évaluer. Néanmoins, il est possible de le prendre en compte lorsque l’on constate que l’écriture se dégrade au fur et à mesure de la tâche. L’écriture devient alors au fil des lignes mal lisible, voire illisible, avec une aggravation du nombre de fautes d’orthographe et/ou de grammaire alors que les règles sont sues.

Bref, votre dyspraxique écrit, mais malgré l’effort fournit le résultat reste très moyen, voire carrément mauvais. Pendant qu’il s’applique à former ses fichues lettres, tellement coûteuses pour lui, il n’écoute pas ce que dit son enseignant : il n’est plus en capacité de le faire. La tâche d’écriture absorbe toute son attention.

Il va donc falloir soulager ce geste d’écriture manuelle et donc aménager.

Cliquez pour mieux comprendre la dyspraxie

Des signes visibles dès la maternelle

Les difficultés graphiques ont surement commencé dès la maternelle, période durant laquelle les coloriages, les découpages, pliages ont été laborieux. Cette phase a pu passer plus ou moins inaperçue car s’ils ne sont pas habiles avec leurs mains, néanmoins ils sont très fréquemment de très « beaux parleurs ». En effet, ils vous expliquent ce qu’il faut faire et comment il faut le faire pour vous inciter ou inviter les copains à le réaliser pour eux. Les coquins !

Que faire alors ?

verbaliser les gestes à réaliser avec lui : cette attitude l’aidera à les décomposer.
dans les activités manuelles (découpage, collage, coloriage…) : l’aider ou le faire aider. Les manipulations manuelles sont le cœur de sa dyspraxie, il convient alors de recadrer l’objectif de l’apprentissage. S’il s’agit par exemple de colorier les triangles pour s’assurer qu’il connait cette forme, l’objectif n’est pas le coloriage et un coloriage maladroit ne rentrera pas dans l’objectif final.
dans les jeux de construction ou pour les puzzles : laisser manipuler pour le plaisir tout simplement et ne pas attendre de forme concrète.

A l’entrée en primaire, les choses se corsent.

L’entrée en primaire

Il y a quelques années, j’avais écrit ceci :

Globalement, il y a deux cas :
–         l’enfant dyspraxique qui arrivera à écrire
–         l’enfant dyspraxique qui n’arrivera pas à écrire
Le constat paraît basique, mais il est réel.

Certains enfants dyspraxiques parviendront à écrire avec l’aide de rééducation.

Aujourd’hui, l’expérience de terrain me montre que les rééducations graphiques,  en cas de dysgraphie avérée, ne parviennent pas, sur le long terme, à faire acquérir un geste d’écriture fonctionnel. En effet, le dyspraxique est toujours dysgraphique. Les rééducations graphiques peuvent permettre temporairement une amélioration, mais le coût cognitif restera toujours trop important. C’est toute la différence entre un retard graphique que les rééducations graphiques permettront de pallier avec succès et une dysgraphie qui induit une incapacité à réaliser une écriture efficace.

Le geste d’écriture demande donc un aménagement tout au long de la scolarité.

Comment aider l’enfant dyspraxique dans l’acquisition d’écriture manuelle ?

Il y a quelques années, j’avais donné quelques conseils concernant l’acquisition de l’écriture manuelle chez les enfants dyspraxiques. Aujourd’hui, un grand nombre d’enfants dyspraxiques ont ouvert le chemin aux suivants et un certain nombre poursuivent des études supérieures. Ces jeunes en situation de réussite sont tous équipés d’un outil informatique que leur a permis de compenser la dysgraphie entraînée par leur dyspraxie.

Malgré tout, le temps que cet outil de compensation puisse être mis en place, il convient de respecter certains conseils de base pour soulager ce geste d’écriture.

Conseils de base

L’écriture doit être limitée autant que possible :
– exercice à trous
– exercice où l’on entoure ou stabilote la réponse
– écriture réduite à quelques mots isolés dans une leçon

Encourager la lisibilité et tolérer que l’écriture ne soit pas régulière, plus ou moins grosse, plus ou moins dans l’interligne. L’objectif premier est que l’enfant se relise, puis que l’on puisse le relire.
Eviter de lui demander de souligner ou de changer de couleurs mais accepter plutôt le Stabilo ou le fait d’entourer d’une autre couleur.


Garder en mémoire que l’objectif final est qu’il puisse se relire (notamment pour avoir un support avec lequel il pourra travailler par la suite). Il convient alors ne de pas prendre en compte la présentation comme par exemple le fait que le titre ne soit pas ou milieu de la page (ce qui en outre est une notion spatiale et met en difficulté les dyspraxiques visuo-spatiaux). L’important : il y a bien le titre !

Éviter les exercices de copie voire même les éliminer.

Exemple : Copier une phrase écrite au tableau :

* gestion de deux dimensions : tableau/cahier : notion spatiale

* gestion des saccades oculaires pour découper le mot afin de l’écrire correctement sur le cahier : rappelons que les dyspraxiques visuo-spatiaux ont une trouble neurovisuel avec une stratégie du regard non efficace : le mot n’est pas découpé correctement, l’enfant fatigue… au fil du temps il n’apprend pas à copier mais à lire pour se dicter ce qu’il va devoir écrire. La mise en place correct du stock orthographique s’en trouve fortement compromis car la prise d’indices est faussée.

* Gestion du geste d’écriture : formation des lettres.

Je vous laisse imagine le résultat.

L’utilité de cet exercice est complètement à remettre en cause pour un enfant dyspraxique car il n’apprend pas en copiant, voire pire, il désapprend ce qu’il a appris car il enregistre des informations erronées : on dit alors que la copie est « toxique ».

Compenser

  • Photocopies de bonne qualité : Insistons sur la bonne qualité car si tout ou une partie de la feuille est mal lisible par manque de toner par exemple, les données ne seront pas accessibles aisément. Penser également à aérer la présentation pour qu’elle soit encore plus lisible. Pour certains enfants, un exercice par page sera nécessaire.
  • Ecrire les devoirs pour lui dans son agenda/cahier de textes ou les mettre automatiquement sur l’accès numérique de l’établissement.

Alors comment aider les dyspraxiques à écrire ?

Voilà une question intéressante. Avant toute chose, il faut leur donner la chance d’essayer, alors quels conseils pourrait-on donner ?
Il convient de garder à l’esprit l’objectif final : être capable de former les lettres pour pouvoir, dans le futur, être capable de laisser quelques traces écrites dans la vie courante : une liste de course, écrire un petit mot, remplir un formulaire… sachant qu’avec l’accès au numérique permet actuellement de réaliser toutes ces tâches grâce à d’autres moyens : vive la technologie et le progrès !

Les cahiers lignés.

Les cahiers lignés sont des cahiers qui permettent un apprentissage de l’écriture pour les enfants dyspraxiques. Le principe est d’aider au repérage.

– Les lettres ont les pieds par terre : ligne marron
– Les petites lettres s’arrêtent à l’herbe : ligne verte
– Les grandes lettres montent jusqu’au ciel : ligne bleue
– Les lettres (certaines) descendent sous la terre : ligne rouge (ou grise, pour les grises on parle des cailloux).
 Il faut savoir que les marges et les carreaux vont plus perturber qu’aider. 

On retrouve aussi le code couleur mis au point par l’Hôpital Bicêtre :

–  on démarre au feu vert (une ligne verte vient matérialiser la gauche de la feuille)
– on s’arrête au feu rouge (une ligne rouge vient matérialiser la droite de la feuille).
 On peut également ajouter si ce n’est pas présent :
–  le ciel : matérialisé par une ligne bleue en haut
–  la terre : matérialisée par une ligne marron en bas

Exemple de feuille lignée avec encadrement

Où trouver des cahiers lignés ?

Mon cahier dys : → Voir sur le site de Serpodile

Serpodile propose différents interlignages possibles avec des lignes clairement visibles.

Page de feuille lignée à imprimer : → A télécharger gratuitement ici

Générateur de feuille lignée : Ce générateur permet des paramétrages en termes d’espacement entre les lignes, de taille de marges, de grosseurs de ligne… → Utiliser le générateur

Les aider dans le geste d'écriture

La méthode Jeannot dit encore la méthode du petit chien.

Extrait du mémoire de Guy Reveillac :

« Nous savons depuis Ferdinand Buisson que l’apprentissage de l’écriture doit être mené simultanément à celui de la lecture, voir le précéder. Chez l’enfant valide, l’apprentissage de l’écriture manuscrite cursive est long et complexe et s’effectue selon deux axes : le premier est sémantique, le second est moteur. En effet, dès le cycle 1, l’enfant découvre, d’abord, à quoi sert l’écriture et les rapports qu’elle entretient avec le langage et, simultanément, il apprend différents types de tracés. Ces tracés ne seront vraiment automatisés que vers la fin du cycle 2, et leur vitesse s’améliorera encore plus tard. Il s’agit là d’un apprentissage praxique. »

et

« La dysgraphie dyspraxique se distingue de la dysgraphie la plus courante qui est une pathologie de la trace liée au refus inconscient d’écrire. Elle se caractérise par une aggravation lors de la copie directe (avec le modèle sous les yeux) et par un tracé de la lettre réalisé par petits morceaux. Marie-Alice DU PASQUIER cite le cas d’un enfant de dix ans incapable de recopier une cycloïde élémentaire mais capable de la tracer lorsqu’on lui demande d’imaginer qu’il s’agit d’une suite de « e attachés ». Cet exemple, extrême, indique que, dans certains cas, un enfant dyspraxique peut contourner la difficulté en ne se fiant pas à ses yeux. »

Dans la méthode Jeannot, l’écriture est décomposée en 9 tracés fondamentaux (9 traits pour tout écrire).

Ces 9 tracés vont permettre le dessin de presque toutes les lettres. Les deux images de base sont un petit chien et un jet d’eau. Les tracés des lettres déclineront de ces deux images : une partie du corps de l’animal ou du jet d’eau.

Exemples

Le chien - Méthode Jeannot
Jet d'eau - Méthode Jeannot
Le chien - Méthode Jeannot

Patte du chien      Ecriture de haut en bas
Dos du chien         Ecriture de gauche à droite
Nez du chien         Ecriture en descendant
Queue du chien    Départ à gauche
Œil du chien          Dans le sens contraire des aiguilles d’une montre

Dans un second temps, on travaille le point, les horizontales, les obliques et les courbes.

Lettre i - Méthode Jeannot

Exemple de la lettre i 

La lettre i se construit avec museau + patte + queue + oeil

Voir toute la méthode Jeannot : Les clés de l’écriture – Editions Nathan

Verbaliser les gestes à réaliser

La méthode consiste aussi à verbaliser le mouvement.
Il faut aussi associer un déplacement corporel à une lettre. Il faut que l’enfant se fasse un schéma mental de cette lettre. Le vocabulaire ne fait référence à aucune notion spatiale.
Les inviter à reproduire corporellement le tracé de la lettre : sur le sol, avec leur bras, à tracer dans le vide…
On peut aussi utiliser le sable ou une corde avant de passer au tracé sur la feuille.

La verbalisation est primordiale. Laissez libre court à votre imagination pour aider l’enfant.

Voici l’exemple de la maman de Jules, dyspraxique, qui utilise cette méthode :

« Attention si ton « a » sort du chemin des souris il va se faire dévorer par les oiseaux ». Les oiseaux sont posés puis s’envolent vers le ciel (d,l,t…), le F c’est la lettre magique qui va sur tous les chemins, etc… Laisser l’enfant inventer ses propres histoires.
L’écriture devient une histoire sans fin. On peut se moquer de la lettre personnage si elle est ratée. : « Oh! Lala! Il est tout riquiqui ton « e », il est tellement maigre que je ne l’avais même pas reconnu! Donne-lui un peu à manger sinon il va se transformer en « l », il a drôlement faim le pauvre! » Jules refait un « e » avec une boucle plus large, il nourrit cette espèce de L et ainsi on reconnaît à nouveau son « e ». De cette manière « l’échec » est dédramatisé et il accepte de recommencer, car il n’écrit plus, il nourrit ! Et en aidant le « e », il fait le « e ».

Une seule et même méthode

Cette méthode est à mettre en place avec l’ergothérapeute ou psychomotricien, l’AVS-AESH, l’enseignant de votre enfant et à la maison. Il est nécessaire que l’enfant retrouve toujours le même discours et la même méthode.

L’une des questions que l’on me pose aussi régulièrement concerne le choix du stylo. Existe-t-il des stylos ou crayons facilitant ce geste chez les enfants dyspraxiques ?

L'outil : Le stylo !

Certains préfèrent le crayon à papier.
D’autres les rollers parce qu’ils glissent bien.
Les uns aiment ceux qui ont des guides doigts.

Quel défi de trouver LE stylo !
Il ne faut pas hésiter à faire tester l’enfant, lui demander son avis, lui faire essayer, comparer le résultat…
Vous l’aurez compris, il n’y a pas de stylo miracle mais il y a celui qui correspondra à votre enfant.
Pour vous guider néanmoins, tentons de faire le tour des stylos qui reviennent le plus fréquemment :

Cette liste n’est donc nullement exhaustive car elle correspond aux stylos ou crayons que je vois utiliser et facilitant le geste d’écriture. 

Le crayon à papier :

Il a l’avantage de pouvoir être gommé et donc de faciliter une présentation plus propre du travail (ce qui est aussi encourageant pour l’enfant).
Eviter de le prendre à mine trop dure, privilégier les mines grasses (dite encore tendres) dans la catégorie des B. Le HB que l’on trouve le plus couramment est la moyenne au niveau de la dureté de la mine.

Inconvénient : l’utilisation de la gomme n’est pas toujours aisée pour les dyspraxiques et leurs travaux après gommage peut se retrouver froissés par leurs gestes malhabiles.

Crayons triangulaires

Où les trouver ?

On les retrouve généralement dans le commerce sous la marque STAEDTEL gamme « Ergosoft ».

Le site de Hop Toys, solutions pour enfants exceptionnels vous en propose. Sur ce même site, vous trouverez également des crayons de couleurs.

Les stylos qui guident 

  • Les Yoropen : l’avantage est que l’enfant voit ce qu’il écrit. Il évite les mauvaises tendances qui sont de tenir ses doigts trop près de la mine.
     Il aide les enfants à moins serrer les stylos grâce à son grip qui permet un positionnement naturel des doigts.
Stylo Yoropen
  • Les Pelikan de la gamme Griffix
Crayons triangulaires
  • Le Stylo easy de Hop Toys : il facilite de positionnement des doigts grâce à une zone grip antidérapante pour guider le positionnement. Le + : existe en version droitier et gaucher.
Stylo easy

Les manchons ou guide-doigts

Il existe multitudes de manchons ou de guide-doigts. Leur principe est qu’ils s’installent sur un stylo ou un crayon.

Il n’existe pas LE guide-doigt magique mais celui qui conviendra à son enfant. Il est donc important d’en tester plusieurs.Le même manchon ou guide doigt peut être très confortable pour l’un et très inconfortable pour d’autres.

 

Pack de différents manchons

Où les trouver ?

Le site de Hop Toys, propose plusieurs sortes de manchons et notamment un pack qui me semble intéressant pour démarrer.

La posture

Le geste d’écriture demande une posture correcte. Il faut donc que l’enfant soit correctement installé :

–         penser à respecter l’angle de 90 ° entre le dos et les cuisses.

–         Si les pieds ne touchent pas par terre : ajouter un petit marche pied

–         Permettre une inclinaison de la feuille

Bien souvent, le geste d’écriture est réduit au geste de la main en lui-même ; c’est un grand tort. La position est la première chose à prendre en compte.
Au besoin, faites-vous conseiller par l’ergothérapeute ou le psychomotricien de l’enfant.

Et après ?

Après, il est capitale de prendre en compte cette dysgraphie spécifique des dyspraxiques. Qu’est-ce que veut dire compenser ? Compenser veut dire que l’on va neutraliser un inconvénient et procéder à un rééquilibrage. Pour compenser cette dysgraphie, les dysgraphiques utiliseront donc un autre moyen d’écrire que l’écriture manuelle. Je vous invite donc à poursuivre votre lecture avec cet article : Dysgraphie et passage au clavier.

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D’autres problématiques sont récurrentes chez les dyspraxiques comme par exemple :

  • La lecture souvent liée à un problème de stratégie du regard
  • Les troubles neurovisuels
  • L’organisation dans le quotidien
  • Les notions mathématiques

Je propose une formation en ligne pour vous aider à mieux comprendre ce trouble des apprentissages.

Objectifs de la formation :

  • Mieux connaitre la dyspraxie.
  • Repérer les effets sur les apprentissages et comprendre les aides à mettre en place.
  • Posséder des outils concrets directement applicables

Vous pouvez aussi me suivre sur ma chaîne Youtube en vous abonnant.

Vous vous sentez perdu ? Vous cherchez des pistes ou des conseils ? Vous avez besoin d’être guidé ou accompagné ? Contactez-moi.

Cette page a été publiée pour la première fois le 5/12/2011. Sa dernière mise à jour a été réalisée le 6/12/2019.