Quand penser à une dysphasie ?

Dysphasie ou retard de langage, comment bien faire la différence ? Quand penser à une dysphasie ? Votre trouvez que votre enfant parle mal, son vocabulaire vous semble pauvre, ses phrases bizarrement construites. Vous constatez qu’il a des difficultés à comprendre ce qu’on lui dit ou demande, qu’il mélange les mots et les sons quand il vous répond… et vous vous questionnez ? Est-ce un simple retard ou un véritable trouble du langage oral ? Comment faire la différence ?

QUAND PENSER A UNE DYSPHASIE ?

Identifier un retard ou un trouble du langage ?

Le langage oral se construit sur deux plans : la production orale et la compréhension. Pour faire la différence entre un retard et un trouble du langage oral de type dysphasie, il faut apprécier l’écart qui s’est produit dans le développement normal du langage oral chez l’enfant. Alors comment faire la différence entre simple retard et dysphasie ?

Regardons dans un premier temps le développement normal du langage oral chez l’enfant en prenant quelques points de repère. Il est entendu que les repères indiqués ci-dessous ne sont pas exhaustifs.

Quelques points de repère sur le développement du langage oral

La production de langage oral selon l’âge

De 1 à 9 mois : c’est le babillage

Durant les 3 premiers mois, l’enfant gazouille assimilant généralement les voyelles. Puis, vers les 6 – 9 mois, arrivent les consonnes avec les dadada, mamama, papapa.

De 10 à 15 mois : les premiers mots

C’est durant cette période qu’arrive généralement les premiers mots. C’est la période des mots phrase : doudou veut dire où est mon doudou comme j’ai besoin de mon doudou. L’enfant généralise ses mots. Par exemple, tous les hommes sont fréquemment appelés papa, les animaux sont tous des chiens.  

Vers 12 mois, l’enfant produit 10 mots en moyenne.

A partir de 18 mois : le début des phrases

L’enfant associe deux mots comme par exemple le fameux « papa pati ». C’est également la période où apparait la négation (phase d’opposition). Il est encore courant qu’il manque la fin des mots notamment si ceux-ci se terminent par r ou l.

Vers 18 mois, l’enfant produit 50 mots en moyenne.

Entre 2 et 3 ans : les phrases s’élaborent

Les phrases se construisent avec 3 ou 4 mots comprenant un verbe. Les adjectifs, les articles et quelques adverbes apparaissent également. L’enfant commence aussi à poser des questions et se raconter des histoires lorsqu’il joue. Les personnes qui lui sont familières, généralement, le comprennent lorsqu’il s’exprime. Les règles grammaticales qu’il commence à acquérir sont calquées et il ne tient pas compte des exceptions : les chevals.

Entre 24 et 36 mois, la production orale fait un bond. L’enfant passe d’environ 300 mots vers 2 ans à plus de 500 mots vers 3 ans.

Cette vidéo vous donne une indication concernant la construction du langage d’un enfant durant cette période.

A partir de 4 ans : un langage construit

L’enfant parle, ses phrases sont construites allant jusqu’à 6 mots. Il est d’ailleurs capable d’utiliser le « et ». Il ne fait plus tellement de grosses erreurs grammaticales et sait mieux utiliser les différents temps. Il place ses mots dans le bon ordre lorsqu’il construit une phrase. Il vous raconte ce qu’il fait.

Entre 3 et 4 ans, son lexique augmente encore pour atteindre 400 à 900 mots.

La production de langage oral

Si ce point correspond à la production de langage oral, il faut également prendre en compte la réception de ce langage oral et ce que l’enfant a la capacité de comprendre selon son âge.

La compréhension de langage oral selon l’âge

De la naissance à 6 mois : l’enfant acquière la capacité de catégoriser les sons et notamment les voyelles. Vers les 6 mois, il réagit à son prénom et au non et semble reconnaitre les mots « papa » et « maman ».

De 7 mois à 12 mois : Certains mots semblent bien compris comme non et au revoir par exemple. Il est capable de donner un objet lorsqu’on lui demande. Il comprend et reconnait des mots en fonction de leur contexte.

Vers 12 mois, l’enfant comprend environ une trentaine de mots

De 12 à 24 mois :

L’enfant comprend des phrases courtes et peut répondre à des consignes simples. Il ne répond pas forcément verbalement mais son comportement montre qu’il a compris cette consigne simple. La compréhension du langage est souvent liée au contexte et à la situation vécue au moment où la consigne est donnée. Au départ, il a souvent encore besoin qu’un geste accompagne la consigne donnée. Petit à petit, il n’aura plus besoin que le geste accompagne la consigne. Il est capable de montrer différents objets qu’on lui demande de désigner.

Vers 24 mois, l’enfant comprend plus de 200 mots

De 2 à 3 ans :

Il comprend les questions simples et y répond. Les mots comme quand, derrière, avant, sous, petit, grand… sont compris. L’enfant connait les couleurs de base et les principales parties de son corps.

L’enfant comprend plus de 700 mots.

A partir de 4 ans :

L’enfant comprend les quand et les comment. Il comprend des consignes : peux-tu me donner le crayon rouge, même si le crayon n’est pas visible.

Entre 5 et 6 ans :

L’enfant comprend quasiment tout ce qu’on lui dit. Vers 6 ans, c’est cette compréhension qui lui permettra aussi d’accéder à l’apprentissage du langage écrit, autrement dit à la lecture. La compréhension complète des formes passives ne se fera, quant à elle, que vers 9 – 10 ans

dysphasie et compréhension du langage oral
Le langage oral passe également par la compréhension du langage parlé

Ces indications sont générales et les variations entre les enfants sont très importantes. Il s’agit donc d’indicateurs permettant de pouvoir positionner l’enfant en prenant en compte son environnement et son contexte familial.

Vous remarquez une différence notable entre les capacités langagières de votre enfant et les indicateurs généraux ? Oui, alors que faire ?

Retard ou dysphasie ?

Un retard est un période transitoire. Il s’agit d’un décalage de niveau tout en respectant les étapes du développement du langage oral. Généralement, vers 6 ans, avec des rééducations si besoin, ce retard sera comblé.

En cas de dysphasie, les difficultés sont bien plus importantes qu’un simple retard. Elle est d’ailleurs souvent confondue avec un simple retard au départ. La dysphasie constitue une cassure dans le développement normal de l’enfant. Les étapes du développement du langage oral sont toutes retardées en mode expressif et en mode réceptif dès le plus jeune âge.

Des bons « conseils » qui peuvent retarder la prise en charge

Bien souvent, vous entendez dire que si votre enfant ne parle pas, c’est parce qu’il marche… et que les enfants ne peuvent pas tout faire en même temps. Il a, certes, une part de vérité dans cette remarque mais, en même temps, un jeune enfant se développe dans tous les domaines en même temps : moteur, langage, cognition… Le jeune enfant continue d’apprendre des mots même s’il ne les dit pas. Ils sont bien là !

Les parents peuvent effectivement s’inquiéter plus facilement lorsqu’il s’agit d’un premier enfant ou si d’autres enfants du même âge dans leur entourage semblent « dire plus » de mots que leur enfant. Néanmoins, ils sont souvent les premiers à tirer la sonnette d’alarme en constatant le retard de langage de leur enfant.

Ne pas attendre « le  déclic »

Ne pas attendre que les difficultés passent d’elles-mêmes.

Vous soupçonnez une dysphasie ?

Parlez-en avec le médecin traitant ou le pédiatre qui suit votre enfant. Les différences chez les jeunes enfants en matière de communication orale étant importantes, il saura vous rassurer si besoin.

Faites vérifier l’audition de votre enfant (notamment s’il a une période d’otites à répétition).

Lire : qu’est-ce que la dysphasie ?

Si votre inquiétude et vos questionnements ne trouvent pas de réponse, contactez un orthophoniste pour envisager un bilan. Il réalisera un bilan du langage et grâce à des tests étalonnés pourra indiquer si le développement langagier se situe dans la norme des enfants de son âge, ou s’il constate un retard. Si un retard est constaté, une prise en charge pour permettre de le combler. Si l’écart est trop important, un diagnostic de trouble du langage oral sera alors posé. On parle alors de dysphasie. Quelle que soit la situation, une prise en charge précoce est toujours un avantage.

  1. En parler avec le médecin qui suit l’enfant
  2. Vérifier l’audition avec un médecin spécialisé en ORL
  3. Contacter un orthophoniste

Vous avez besoin d’aide ou d’être soutenu dans votre parentalité ?

Vous vous questionnez, vous avez besoin d’être accompagné : contactez-moi !

Valérie DUBAND

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Sources

C. Billard (2014), Développement et troubles du langage oral chez l’enfant.

Gérard, C. (1993). L’enfant dysphasique. De Boeck Supérieur.

Mazeau, M (2009). Neuropsychologie et troubles des apprentissages : du symptôme à la rééducation. Masson

Piérart, Bernadette. (2004). Introduction: Les dysphasies chez l’enfant : un développement en délai ou une construction langagière différente ? Enfance

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