La surcharge mentale : un complément excessif

La surcharge mentale

un complément excessif

Evaluer une charge physique est possible car nous avons des outils pour la mesurer. En revanche, il est nettement plus complexe de connaître objectivement la charge mentale. Or, l’excès de charge mentale devient vite insupportable. Mais qu’est-ce que la charge mentale et comment faire alors pour l’éviter ?

On lit très souvent que la charge mentale est l’apanage des femmes. Est-ce vraiment une réalité ? Mais, qu’est-ce que cette charge mentale dont nous entendons de plus en plus parler ?

La charge mentale : qu'est-ce que c'est ?

La charge mentale provoque une situation de surcharge cognitive. Cette surcharge cognitive se produit notamment lorsque vous essayez de traiter plusieurs informations en même temps. Un flux d’informations et de renseignements envahit alors votre cerveau qui essaye de tout traiter. La réalisation simultanée de ces différentes tâches est très exigeante, car votre cerveau ne dispose pas des ressources (et notamment des ressources attentionnelles) nécessaires pour les traiter en même temps.

Dans la plupart des cas, cet essai de traitement simultané sera soldé par un échec. On parle alors souvent de situation de double tâche. La charge mentale est donc une surcharge mentale, cognitive due à une arrivée d’informations qui survient alors que vous êtes déjà en train de réaliser une tâche.

La charge mentale pousse à la surcharge cognitive.

Concrètement de quoi parle-t-on lorsqu’on l’associe au burnout parental ?

Prenons donc un exemple, vous êtes à votre travail, en pleine réunion. Vous écoutez votre collègue et en même temps, vous êtes en train de penser à « la boîte de céréales qu’il ne faudra pas oublier lors des courses de ce soir, au short de sport qu’il faut laver impérativement pour que votre enfant l’ait bien pour son prochain cours, au repassage que vous avez déjà reporté, mais qu’il faut obligatoirement faire sinon personne de votre famille ne pourra s’habiller dans les prochains jours » … Votre collègue, quant à elle, à continuer de parler. Ces informations vous ont envahi de manière incontrôlable. Vous n’avez pas finalement écouté votre collègue exposer son idée, mais vous ne savez plus vraiment non plus ce que vous devez absolument ne pas oublier lors des courses ce soir… Votre cerveau n’a pu écouter votre collègue et en même temps retenir les informations ménagères qui vous apparaissent si indispensables parce que vous étiez en surcharge cognitive.

Comment se traduit cette charge mentale dans ma vie ?

La charge mentale, ce sont ces petites phrases qui vous envahissent « Les céréales à ne pas oublier, les machines qu’il faut faire tourner pour que le linge soit propre, le rendez-vous chez l’orthodontiste… » et que vous n’arrivez pas à contrôler. Vous commencez mieux à comprendre pourquoi il est fréquent de penser qu’elles sont l’apanage des mères de famille ?

La charge mentale pousse à raisonner en « il faut que », « il est important de », « je dois nécessairement »… et deviennent des obligations mentales qui vous font saturer de votre levée à votre coucher… Quand-elles ne viennent pas non plus vous envahir au moment de vous endormir !

Mais pourtant mon mari m’aide beaucoup !

C’est une réponse que l’on entend classiquement. La répartition des tâches et des tâches ménagères est, il est vrai, de plus en plus partagée. Néanmoins, l’organisation repose encore essentiellement sur les femmes.

Pourquoi ?

Notre éducation pendant des années a été très genrée : les hommes au bricolage et les femmes en cuisine. Vous souriez en lisant ces derniers mots et l’expression vous semble un peu stéréotypée et pourtant ? Les pages des magazines concernant les cadeaux de Noël (même si elles évoluent) en sont d’ailleurs le reflet : si les petites filles peuvent jouer avec un tracteur, il sera souvent présenté rose pour les filles et son pendant sera bleu pour les garçons. Vous trouverez même un joli bambin du sexe adéquat à ces côtés afin que vous puissiez bien faire la différence (de fois que !). Les tâches ménagères sont donc en partie encore réalisées par les femmes et surtout organisées par elle. En 2010, d’ailleurs, l’INSEE d’ailleurs que « les femmes s’acquittaient encore de 65% des tâches parentales ».

En effet, il n’y a donc pas que les tâches ménagères et nous sommes donc loin d’une charge mentale simplement « ménagère » … Il s’agit donc des tâches parentales. Autrement dit, penser aux tâches et à l’organisation relevant des fonctions parentales serait bien également le lot des femmes : penser à prendre rendez-vous avec la maîtresse, l’orthodontiste, l’orthophoniste, se rappeler des dates de vaccination, prévoir les vacances ou le week-end en famille, ou organiser le départ en colonie… des tâches qui incombent donc aux femmes.

Vous comprenez mieux pourquoi nous parlons de charge mentale ou plutôt de surcharge mentale.

Quels sont les facteurs de risque et les conséquences

Le perfectionnisme est sûrement l’un des premiers facteurs de risque. En effet, en s’imposant des standards difficiles à atteindre, le surinvestissement n’est jamais bien loin.

Il devient alors difficile de doser ses efforts et encore plus de véritablement déléguer. Rien n’est jamais aussi bien fait que lorsque c’est fait par vous et vous jugez souvent durement les petites imperfections des autres (et les vôtres également).

Très souvent insatisfait, vous vous jugez durement. Votre estime de vous-même en prend un sacré coup. Vous vous autocritiquez régulièrement : vous ne faites jamais bien ou pas assez bien, vous auriez pu faire ceci au lieu de cela… Vous vous jugez souvent négativement.

Vous n’appréciez pas non plus les imprévus et vous avez même du mal à les accepter. Vous êtes déçu, si tout cela avait été organisé, vous auriez pu faire tellement différemment. Cette organisation qui participe d’ailleurs à votre charge mentale et qui vous vous ronge la tête régulièrement.

L’une des premières conséquences est la fatigue engendrée par le stress dans lequel cette charge vous contient.

L’une des conséquences dont on parle peu est de ne pas vivre le moment présent et de ne pas savoir l’apprécier pleinement, voire même le savourer. Lorsque vous vous rendez compte que vous ne profitez plus du moment présent, votre culpabilité s’accroît.

Et là, votre sentiment de culpabilité ne fait que s’accroître.

Surcharge mentale et burnout parental

La charge mentale est l’un des facteurs qui participent activement au burnout, surtout chez les mères. Résoudre les difficultés liées à cette charge mentale n’est pas si facile, les manières de faire et surtout de penser sont souvent ancrées et vous avez alors des difficultés à contrôler ces pensées, avec une forte culpabilité si elles ne sont pas suivies d’actions.

Comment faire pour éviter cette charge mentale ?

La prévention de la charge mentale

Je vais vous raconter l’anecdote de Pauline, maman de 3 enfants.

Pauline a dû partir pendant 3 semaines pour un séminaire de formation.Tellement éloignée de chez elle, impossible de revenir les week-ends.

Avant de partir, en « bonne maman », elle a fait veiller à ce que la panière à linge soit bien vide, elle a préparé quelques repas qu’elle a mis au congélateur, elle a noté les rendez-vous importants et les a affichés bien visibles sur le frigo… Puis, elle est partie en formation.

En formation, son programme était bien dense. Pendant ces 3 semaines, elle a donc laissé sa petite famille toute seule. Il lui était difficile de téléphoner chaque soir, car sa formation se clôturant par un examen, elle devait travailler.

Quand elle est rentrée au bout de 3 semaines, elle a été surprise de constater que tout le monde allait bien, et que sa famille avait survécu sans elle ! La maison n’était pas sans dessus-dessous comme elle se l’imaginait.

Quelle leçon peut-on tirer de cette anecdote ?

Cette maman pensait que sans sa présence, sa famille voguerait vers le chaos. Or, il n’en est rien. Sa famille était bien sûre heureuse de la retrouver, mais si elle leur a manqué ce n’est pas pour l’organisation familiale, mais beaucoup plus pour sa présence affectueuse auprès d’eux.

Alors, toutes les informations qui envahissent la tête de Pauline en temps normal sont-elles vraiment si indispensables ? La charge mentale qui l’envahit chaque jour est-elle réellement une obligation ?

Beaucoup de « Pauline » pensent qu’elles sont indispensables au bon fonctionnement familial, et elles le sont vraiment, mais ne le sont-elles uniquement pour l’organisation de la vie familiale et les tâches ménagères ? C’est une question que nous sommes en droit de nous poser, non ? N’ont-elles pas plus pris la responsabilité de cette organisation comme étant leur part familiale, comme le rôle induit dans leur vision (fréquemment liée l’éducation) d’être une bonne mère ?

N’est-il pas venu le temps d’accepter que l’autre parent prenne sa part de responsabilités dans cette organisation familiale ? Je ne parle pas d’une délégation de responsabilité, car elle induit que cette responsabilité ne se serait pas complète. Il s’agit donc bien de réaliser un véritable transfert de responsabilité en définissant des domaines dans lesquels chacun serait compétent. Une répartition véritable de l’organisation familiale permettrait alors de répartir cette charge mentale.

Je vous invite alors à : 

  1. Établissez une liste des différentes tâches familiales à accomplir
  2. Répartissez-les équitablement*.
  3. Les 3 premières fois, montrez comment vous les réalisez puis laissez l’autre les réaliser selon sa propre manière.
  4. Abstenez-vous d’intervenir.
  5. Restez indulgent(e), laissez l’apprentissage se faire avec son lot d’erreurs et de ratés (ce que vous avez aussi probablement fait également), mais refusez de reprendre cette tâche ou une même partie de cette tâche.

* équitablement pour vous, pour votre couple… sans prendre en miroir ce qui est attendu par la société de manière générale.

Parents épuisés – Valérie DUBAND

Stop à la surenchère émotionnelle et éducative pour éviter le burnout parental. 

2019 – Editions EYROLLES – Format papier ou numérique