Que fait-on à notre jeunesse ?

D’habitude, les lundis matin, je publie une citation pour bien démarrer la semaine. Aujourd’hui, pas de citation. Je vous invite à vous questionner avec moi.

Que fait-on à notre jeunesse ?

En mars 2020, nous nous retrouvions tous confinés. La Covid 19 était entrée dans nos vies par la grande porte. En quelques jours, les jeunes, nos jeunes, ont été pointés du doigt. Nos jeunes se sont retrouvés alors en première ligne, accusés d’être des agents transmetteurs de ce virus. Je les ai vus et entendus surtout avoir peur de le transmettre à leur famille, à leurs grands-parents. J’ai ressenti leurs angoisses, leur anxiété d’être, malgré eux, des vecteurs dits asymptomatiques.

Dans ce même temps, leurs cours ont basculé en distanciel. Ils ont vécu alors les premières semaines sans cours à distance, nourris par quelques mails leur transmettant des cours, des exercices… Ils se sont souvent retrouvés submergés par une masse de travail. Quelquefois, ils se sont sentis découragés, épuisés, fatigués. Il leur était demandé en quelques jours de s’adapter, de prendre une nouvelle organisation, de laisser l’organisation qu’il avait, quelquefois durement mise en place, pour en trouver une nouvelle. Ils se sont pour une grande partie, réorganisés et tant bien que mal maintenus à flot. Pour certains, des cours en visio sont arrivés, pas pour tous. Des professeurs qui ont fait de leur mieux pour se saisir de cette nouvelle technologie… mais qui n’utilisaient pas tous la même interface. Des cours par ici, des informations par là… Des connexions qui laguent, des visio qu’ils n’arrivent pas à être visionnés, des bandes-sons inaudibles… Des interros à rendre en direct, des devoirs rendus dans la crainte… les notes comptent ou ne comptent pas.

Les élèves de première m’exprimeront justement « leur ras-le-bol ». En janvier, déjà, ils avaient eu les fameuses E3C avec les grèves, les chantages aux copies non corrigées, des menaces de boycott… Et pour une grande partie, ils se sont donc, accrochés, ces jeunes, confinés dans leur chambre à comprendre leurs cours, faire leurs exercices, rendre leurs devoirs. Les étudiants aussi se sont retrouvés avec des cours à distance… quand ils avaient des cours autre que des slides. Des partiels annulés, des stages annulés… des partiels en distanciel, des dossiers rendus qui ne compteront finalement pas même s’ils représentent des heures et des heures de travail, des partiels gelés dans certaines matières… Nombreux sont ceux qui m’ont exprimé un sentiment de chaos complet. Ils ne parlaient pas que de la Covid 19, je vous l’assure.

Ce sont ces mêmes jeunes qui s’entendaient reprocher d’être pendus à leurs écrans. Eux, ce sont retrouvés bien à l’aise dans ce monde que nous avions jugé virtuel. Ils étaient déjà aguerris à ces communications en distanciel. SnapChat, WhatsApp, TikToK, … n’avaient guère de secret pour eux. Alors que les adultes découvraient les apéros ou les réunions à distance, eux pouvaient rigoler en douce de les voir se saisir de leurs moyens de communication. Ils ont été tellement cool, nos jeunes, de ne pas rigoler trop forts lorsque nous passions nous aussi un temps incommensurable sur nos portables pour discuter avec nos amis, notre famille… sur nos écrans quoi ! Ils ont été cools aussi de prendre le temps d’expliquer à bien des parents ou adultes comment passer un appel en visio, comment retrouver un contact… sans leur rappeler que « c’est nul le virtuel ! ».

Les semaines ont passé, et l’heure du déconfinement est arrivée. Les élèves ont été encore une fois en première ligne, avec des regroupements certes allégés. Ils sont alors retournés en classe, certains pas tous. Certains n’avaient pas envie trouvant que l’école à la maison, ce n’était pas si mal finalement ! D’autres avaient peur de ce virus dont nous connaissions encore si peu de choses et qui nous avait obligés à nous cloîtrer chez nous pendant plusieurs semaines. Quelques-uns sont retournés en classe, ravis de retrouver leurs copains « pour de vrai ». Les épreuves des examens ont été annulées pour basculer en contrôle continu. Combien de jeunes se sont entendus dire que, par exemple, que leur bac ne voudrait rien ? Quelle violence pour ces jeunes de se voir alors déposséder de leur diplôme ! Comme si finalement, après 3 années de lycée, le désordre des trois derniers mois rendait leur diplôme caduc ! Était-ce vraiment un cadeau ? J’ai entendu des jeunes pleurés de ne pas avoir la mention tant espérée et pour laquelle il avait tellement travaillé. Changer les modalités de passation au dernier moment, « ce n’est pas du jeu » m’ont dit certains. Effectivement, les épreuves finales sauvent aussi bien des candidats dans l’obtention de ce bac. Loin de remettre en cause les décisions gouvernementales, j’ai eu l’impression qu’ils demandaient, espéraient peut-être, un peu de respect. Bien évidemment, pas de fiesta pour fêter ce diplôme comme il se fait couramment.

Durant les semaines de confinement, nombreux sont ceux qui ont découvert ou redécouvert l’écologie, la nature, notre planète. Pourtant, je remarque depuis quelques années que notre jeunesse a en elle une véritable fibre écologique. Cette planète, la nôtre, ils souhaitent en prendre soin. Ils ont souvent compris ce lien entre environnement et humain et que si l’environnement pouvait très bien se passer de nous, nous ne pouvions survivre sans lui. Là encore, les adultes ont été nombreux à sourire, voire même à se moquer lorsqu’ils s’accordaient avec les discours d’une certaine Greta. Combien de jeunes ont entendu que l’écologie c’est bien, mais qu’il fallait aussi gagner sa vie.

Puis le mois de septembre est arrivé, ils sont retournés en cours : le masque, le gel, les distances, … Des écarts de niveaux s’étaient creusés : ceux qui n’avaient pas de connexion pour suivre à distance, ceux qui n’avaient pas des conditions satisfaisantes pour travailler, ceux qui n’ont pas pu être aidés, ceux qui ont été largués, ceux qui ont décroché un temps parce que le confinement était trop pesant, ceux qui ont surinvesti leur travail scolaire parce que s’ennuyer « c’est pire que tout ! »… Malgré tout, nombreux sont ceux qui m’ont dit que les programmes avaient repris « comme si le confinement n’avait pas existé ». Ils ont commencé à sentir cette pression scolaire : combler les lacunes rapidement, avancer, avancer… Nombreux étudiants ont plus tardivement, repris leur cours en semi-présentiel, semi-distanciel : une semaine sur deux, un groupe sur deux… Tous contents de se retrouver, ils ne s’étaient pas revus depuis mars pour certains. Reprendre une vie plus normale, « revoir les gens », mais tout en continuant de faire attention : sortir, faire des soirées, … se re-trouver ! Ils ont alors fréquemment accusés de faire « n’importe quoi » : ne pas respecter les distances, se regrouper, … Montrer du doigt comme des hors-la-loi ! Pourtant, nombreux jeunes ont continué de faire attention « pour éviter de planter son année, parce que le distanciel, c’est sympa mais un moment ». Personnellement et je ne suis, peut-être, pas la seule, j’ai vu des « pas jeunes », voire des « pas jeunes du tout », ne pas mettre leurs masques, dans les magasins par exemple, le porter sous le menton… mais, comme ils ne sont pas « des jeunes », ils n’ont pas été stigmatisés. Ces mêmes « pas jeunes » ont bien enfreint deux ou trois règles aussi pour revoir leurs amis ou familles, se regrouper, se revoir … mais eux, « c’est pas pareil »!

Puis, le virus semble se propager à nouveau. Il ne semble pas, il se propage à nouveau à grande vitesse. Un couvre-feu est instauré, le port du masque s’étend, … Finalement, nous sommes à nouveau confinés. Tout le supérieur bascule alors complètement en distanciel. Les entreprises doivent privilégier le télétravail, les magasins estimés non essentiels ferment… Le télétravail leur est imposé alors que dans les entreprises, il ne semble pas si bien respecté. Nos jeunes étudiants se retrouvent alors, à nouveau, enfermés ; ils n’ont que peu le droit de se plaindre puisqu’ils avaient « fait n’importe quoi ». Ceux qui ont encore le droit d’aller dans leurs établissements se limitent à métro-école-dodo : quelle drôle de vie pour notre jeunesse ! Les lycéens commencent à trembler : « tout sauf un reconfinement total ». Des plannings hybrides se mettent en place dans certains lycées. Nombreux sont ceux qui font attention, très attention même – peut-être plus encore que certains « moins jeunes » – pour éviter un distanciel complet qu’ils vivent comme une épée de Damoclès. Ils avaient déjà du mal à envisager l’avenir nos jeunes avec un taux de chômage qui frisait déjà les 20%, et cet avenir s’est encore assombri depuis le début de l’épidémie. Pourtant ils continent de s’accrocher « parce qu’il faudra bien gagner sa vie ». Trouver un patron était déjà compliqué, c’est quasiment mission impossible actuellement : pas d’alternance, pas de stage… pas d’expériences, pas de moyens de confirmer ou infirmer un futur projet… et malgré tout, continuer d’avancer. Mais vers quoi ?

Que fait-on à notre jeunesse ?

Que fait-on à notre jeunesse ?

Lorsque j’écris les lignes, je fais juste un constat personnel, constat qui sera, je l’espère, partagé par certains (et critiqué par d’autres, très probablement). Je ne conteste pas les mesures gouvernementales, je ne critique ni l’éducation nationale ou l’enseignement supérieur, ni les enseignants… ce n’est pas mon propos. Chacun fait surement de son mieux dans ces circonstances qui sont celles d’aujourd’hui. Je n’ai pas de solution miracle, ni de baguette magique pour que cette jeunesse retrouve son enchantement (en dehors de Minecraft) ou tout au moins sa joie de vivre, cette envie folle de croquer la vie à pleines dents lorsque l’on croit encore à des jours meilleurs. Néanmoins, je me questionne. N’ai-je pas une part de responsabilité ? J’ai le cœur qui se sert en pensant à cette jeunesse, nos enfants, notre présent et surtout notre avenir. Quelle est ma part de responsabilité ? Quel comportement pourrais-je mieux adapter ? Comment trouver des mots réconfortants, des mots plus justes ? Comment puis-je prendre soin de cette jeunesse ? Ou en prendre encore plus soin ? Et finalement, serait-il possible avec des actes et des paroles plus doux de leur permettre, par la suite, de se diriger plus aisément vers la résilience ?

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