Qu’est-ce que les fonctions exécutives ? À quoi servent-elles et pourquoi sont-elles essentielles dans le quotidien, à l’école comme au travail ?
Les fonctions exécutives regroupent plusieurs capacités clés, comme l’attention, la mémoire de travail ou la planification. Lorsqu’elles sont fragiles, elles peuvent entraîner des difficultés d’organisation, de concentration ou de gestion des émotions. Dans cet article, je t’aide simplement à mieux les comprendre.
Les fonctions exécutives sont l’ensemble des capacités qui nous permettent de nous adapter à des situations nouvelles ou non routinières, celles pour lesquelles nous n’avons pas de solution toute faite.
Nous sommes tous confrontés à ces situations. Tant qu’une tâche est automatisée (lacer ses chaussures, faire son trajet habituel), les fonctions exécutives sont peu sollicitées. Dès qu’il faut s’organiser, faire un choix, résister à une distraction ou changer de méthode, elles entrent en jeu, parce qu’il faut alors élaborer un plan pour réaliser la tâche.
Petite rétrospective (article mis à jour en septembre 2026)
En 2013, je vous parlais déjà des fonctions exécutives. À l’époque, je les présentais à travers quelques grandes capacités : l’inhibition, la planification, la flexibilité mentale et l’attention.
Depuis, la recherche a avancé et les modèles ont un peu changé. On accorde aujourd’hui une place plus importante à la mémoire de travail, que je n’avais pas détaillée. On distingue aussi mieux l’attention des autres fonctions exécutives, tout en sachant qu’elles sont très liées. Enfin, on mesure mieux leur importance dans les troubles du neurodéveloppement (TND), qu’il s’agisse du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), du trouble du spectre de l’autisme (TSA), des troubles d’apprentissage ou du trouble du langage.
Voici donc l’article actualisé, avec la même volonté qu’à l’époque : expliquer simplement.
L’inhibition
Inhiber, c’est produire un changement interne qui freine ou empêche un comportement, une parole ou une pensée. Il s’agit de bloquer certaines réactions, de se les interdire.
L’exemple de Martine. Martine est à une conférence. Deux personnes devant elle n’arrêtent pas de discuter. Sans inhibition, elle leur dit brutalement ce qu’elle pense. Si Martine inhibe sa réaction première, elle essaie de mettre de côté leur conversation en se concentrant davantage sur le conférencier. C’est possible, mais cela lui demande beaucoup d’attention.

Inhiber veut dire mettre de coté, freiner ou bloquer quelquefois des comportements non adaptés.
L’inhibition permet d’avoir un comportement social adapté à l’environnement. Elle suppose un court temps de réflexion entre l’envie de réagir et la réaction. Sans ce délai, la réponse est immédiate : on parle alors d’impulsivité.
Inhiber, c’est aussi trier : on sélectionne certaines informations et on en élimine d’autres. Il faut renoncer à la première réponse qui vient (un geste, une phrase) et lui résister. L’inhibition est aussi liée à la planification : prendre le temps de freiner sa première réaction permet d’anticiper les conséquences de son comportement.
Quand les capacités d’inhibition sont fragiles, on remarque des réponses ou des comportements impulsifs.
Quand les difficultés d’inhibition ne se voient pas
Est-ce que ces difficultés se voient toujours ? Non, toutes les difficultés d’inhibition ne sont pas flagrantes. Certaines personnes parviennent à se contrôler, mais ce contrôle est un effort considérable qui consomme leur attention.
L’exemple de Rayan, élève de CE2. La maîtresse de Rayan le décrit comme « sage » : il reste assis, ne parle pas, lève la main avant de répondre. Pourtant, toute la journée, il lutte pour ne pas bouger, ne pas parler à son voisin et ne pas lâcher la première réponse qui lui vient. Toute son énergie passe dans ce contrôle, et il retient peu de ce que dit la maîtresse. Il est très concentré à inhiber tous ces comportements parasites. En rentrant à la maison, il explose pour un rien, parce qu’il n’a plus de ressources. Sa maman dit qu’il « pète les plombs ». De l’extérieur, personne ne voit l’effort qu’il a fourni toute la journée. Pour Rayan, c’est trop !
La mémoire de travail
La mémoire de travail permet de garder temporairement des informations en tête tout en les utilisant. C’est un peu le « bloc-notes » de notre pensée : il est limité et il s’efface vite.
L’exemple de Léon, collégien. Léon doit calculer 23 + 48. Il calcule d’abord 20 + 40 = 60. Il doit garder ce 60 en tête pendant qu’il calcule 3 + 8 = 11, puis les additionner (60 + 11 = 71). Si sa mémoire de travail est fragile, il « perd » le 60 en route et ne sait plus où il en est. Ce n’est pas qu’il ne sait pas calculer : il ne parvient pas à tout tenir en même temps.
L’exemple de Marion. Marion fait ses courses. Elle veut savoir si trois articles à 4,80 € tiennent dans un budget de 15 €. Elle calcule 3 × 4,80 = 14,40 €, et elle doit garder ce résultat en tête pour le comparer à 15 €. Si quelqu’un lui parle à ce moment-là, le résultat disparaît et il faut tout recommencer.
Quand la mémoire de travail est fragile, on observe des oublis fréquents de consignes, des étapes sautées et une perte du fil en cours de tâche. On confond souvent ces signes avec un manque d’attention ou de motivation.
La planification
Planifier, c’est organiser à l’avance une série d’actions pour atteindre un objectif. Cela suppose de :
- se projeter dans le temps et anticiper ;
- hiérarchiser les étapes et estimer leur durée ;
- se représenter correctement le temps, c’est-à-dire en avoir une image mentale juste.
L’exemple de Nour. Nour, au travail, doit envoyer des invitations pour un événement. Pour réaliser cette tâche, elle doit planifier une série d’actions : dresser la liste des personnes à contacter, créer un groupe sous Outlook, écrire une invitation, envoyer le mail, vérifier les accusés de réception… Si la planification est fragile, Nour peut ne pas savoir par où commencer, sous-estimer le temps nécessaire ou oublier de vérifier les accusés de réception.
Quand les capacités de planification sont fragiles, on observe des difficultés à estimer la durée d’une tâche, à démarrer, à ordonner les étapes et à respecter une échéance.
La flexibilité mentale
La flexibilité mentale est la capacité de s’adapter aux circonstances, c’est-à-dire de changer de point de vue, de règle ou de stratégie. Son contraire est la rigidité.
Elle est particulièrement sollicitée lorsque la situation est nouvelle, non apprise, non automatisée. Il faut alors formuler des hypothèses, évaluer leur pertinence et ajuster sa réponse
Des exemples de difficultés de flexibilité mentale.
Les difficultés de flexibilité mentale sont souvent perçues comme un manque de bonne volonté ou un « sale caractère ». Je vais alors les détailler avec plusieurs exemples.

La flexibilité mentale = la souplesse mentale.
Un manque de flexibilité peut se traduire au quotidien par :
- une difficulté à changer de tâche : arrêter un jeu ou un dessin pour passer à table, terminer une activité pour en commencer une autre, passer d’une matière à une autre en classe ;
- une difficulté à comprendre son erreur : refaire la même erreur de calcul, de la même façon, sans voir qu’il faut essayer autrement ;
- une difficulté face à l’imprévu : un emploi du temps modifié, un trajet changé, une réunion reportée ou un remplaçant en classe peuvent provoquer angoisse ou colère ;
- une difficulté à envisager un autre point de vue ou une autre façon de faire.
L’exemple de Lucie : L’entreprise de Lucie vient de mettre en place un nouveau processus pour gagner du temps lors de la création d’événements. Lucie peine à adopter cette nouvelle procédure au travail. Elle a tendance à rester sur l’ancienne même si elle est moins efficace.
Le lien avec la persévération
Ces difficultés s’expliquent en partie par la persévération. Ça veut dire quoi ? C’est lorsque l’on s’accroche à une idée, une stratégie ou une réponse alors qu’elle ne fonctionne plus, et que l’on n’arrive pas à s’en détacher pour en essayer une autre. On continue, non par entêtement, mais parce que changer demande un effort qu’on ne parvient pas à fournir.
L’attention
L’attention est étroitement liée aux fonctions exécutives, elle permet d’aller au bout de la tâche. On distingue plusieurs types d’attention :
- L’attention sélective consiste à se focaliser sur l’information pertinente et à ignorer le reste (comprendre son interlocuteur dans un restaurant bruyant, repérer un élément dans une scène visuelle chargée). Elle fait appel à l’inhibition.
- L’attention soutenue consiste à maintenir son effort sur une même tâche pendant un temps assez long. Elle fait appel à la vigilance.
- L’attention divisée ou partagée consiste à traiter en même temps des informations de sources différentes (visuelles, auditives). Elle est très coûteuse.
Je ne développe pas plus, j’en parle dans plusieurs articles. Si tu veux en savoir plus, je t’invite à lire mon article sur l’attention.
Quel lien entre fonctions exécutives et TND ?
Les difficultés exécutives sont présentes sous différentes expressions dans presque tous les TND. Elles contribuent à expliquer une partie des conséquences dans le quotidien (oublis, lenteur, désorganisation, difficulté à démarrer une tâche ou à en changer, débordement émotionnel), et donc de la souffrance et des difficultés scolaires ou professionnelles. C’est pourquoi il est important de bien comprendre leur fonction et leur retentissement.
Nous verrons dans un prochain article comment ces difficultés se manifestent selon les troubles.

L’essentiel à retenir
- Les fonctions exécutives nous permettent de nous adapter aux situations nouvelles, celles pour lesquelles nous n’avons pas de solution toute faite.
- Quatre capacités clés : l’inhibition (freiner une réaction), la mémoire de travail (garder une information en tête), la planification (organiser les étapes) et la flexibilité mentale (changer de stratégie).
- Quand elles sont fragiles, on observe de l’impulsivité, des oublis, des difficultés à s’organiser et à faire face à l’imprévu, parfois sans que cela se voie.
- Ce n’est pas un manque de volonté ni un « sale caractère » : c’est un fonctionnement cognitif.
- Elles sont présentes dans presque tous les troubles du neurodéveloppement (TND), avec des conséquences au quotidien, à l’école comme au travail.
Sources :
Diamond, A. (2013). Executive functions. Annual Review of Psychology, 64, 135-168. https://doi.org/10.1146/annurev-psych-113011-143750
Miyake, A., Friedman, N. P., Emerson, M. J., Witzki, A. H., Howerter, A., & Wager, T. D. (2000). The unity and diversity of executive functions and their contributions to complex « frontal lobe » tasks: A latent variable analysis. Cognitive Psychology, 41(1), 49-100. https://doi.org/10.1006/cogp.1999.0734
Article publié le 06/02/2013 et mis à jour le 24/09/2026.